Gladiatrice ? Mais si, c’est possible !

La reconstitution historique romaine présente tout de même une petite difficulté… qui est loin d’être aussi facile que cela à régler, si on y réfléchit bien… La société romaine de l’antiquité reléguait les femmes dans des rôles tout de même un peu subalternes. Certes, les femmes pouvaient manoeuvrer plutôt plus librement qu’à d’autres époques, mais c’est assez difficile à mettre en scène lors d’une manifestation de reconstitution historique. Du coup, les compagnes des reconstituteurs ont bien du mal à trouver un rôle un peu « punchy » en manifestation… Heureusement, il y a des solutions !

Evidemment, on peut toujours se costumer en homme, mais tout de même, c’est un peu renoncer à soi-même quelque part, et ce n’est pas très satisfaisant. Une formule existe cependant : vous n’aimez pas la vie civile, le rôle de matrone vous semble trop fade ? Devenez gladiatrice ! Et oui, on ne se l’imagine pas au premier abord, mais il y avait des femmes gladiatrices, et sans doute plus d’une !

Les textes le mentionnent assez clairement… et ceci dès la fin de l’époque d’Auguste. En 12 de notre ère, un senatus-consulte va interdire aux femmes libres de moins de 20 ans de se produire dans l’arène. Ce texte sera renforcé en 19 de notre ère, et Septime Sévère, en 200, va interdire les combats singuliers de femme dans les amphithéâtres.  Il n’y a pas de fumée sans feu, et si de tels textes existaient, c’est que la pratique méritait qu’on la réglemente. Dion Cassius nous parle d’un festival organisé par Néron, faisant intervenir des gladiatrices. Suétone va lui aussi nous parler de combats de gladiateurs à la lumière des torches, faisant intervenir hommes et femmes. Dion Cassius va même nous préciser que Domitien aimait à opposer des femmes et des nains dans l’arène…

L’épigraphie nous apporte également quelques preuves. Une inscription retrouvée à Ostie, datée du IIIème siècle, mentionne un édile qui aurait offert des combats de femme à ses concitoyens (QUI PRIMUS OM[NI]UM AB URBE CONDITA LUDUS CUM [--] OR ET MULIERES [A]D FERRUM DEDIT), bien près l’interdiction de 200AD. Un bas relief d’Halicarnasse conservé au Bristish Museum montre quant à lui deux provocatores en plein combat, qui sont nommés Amazon et Achillia. Plutôt féminin, comme noms…

Pour finir, on a retrouve à Londres, en 1996, la sépulture d’une femme d’une vingtaine d’années, partiellement incinérée, dont le mobilier et le contexte correspondraient assez bien à des tombes de gladiateurs plutôt réputés. Évidemment rien n’est certain, mais bon… Une statuette exposée au musée de Hamburg montre une femme portant un pagne, une genouillère, et un objet recourbé à la main. Initialement, cette pièce avait été interprétée comme une femme brandissant un strigile, mais ni la posture ni les vêtements ne sont plausibles. Aujourd’hui, une autre interprétation est qu’il s’agirait d’une gladiatrice victorieuse brandissant une sica.

Bien sûr, si la chose est attestée, les traces sont tout de même rares, et l’on ne devait pas croiser souvent des gladiatrices en allant aux jeux du cirque tout de même. Pour autant… cela semble bel et bien possible. Il semble toutefois qu’il y ait un petit hic pour nos reconstiturices… Ces gladiatrices combattaient sans doute poitrine nue, ce qui peut s’avérer un peu difficile à expliquer de nos jours. De nombreux groupes présentent malgré tout des combattantes, dont certaines ont l’air fort efficaces, et contournent tout simplement le problème avec une pièce d’armure, ou une tunique, comme la combattante ci-contre.

Donc mesdames, tout un monde s’ouvre à vous en reconstitution ! Attention tout de même à ne pas tomber dans le cliché peplumesque,  à l’image du groupe de la photo de droite, dans « La révolte des gladiatrices », de 1977 (notez les brishing impeccables…).

 

 

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